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Rédaction Cahors
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Dans ce petit village du Lot non loin de Rocamadouron s’est affaireé pendant trois ans autour de vestiges médiévaux pour leur réhabilitation.
De ce couvent du XIIIe sièclede l’Hôpital-Beaulieu, aujourd’hui sur la commune d’Issendolus, il ne reste que la salle capitulaire: des éléments suffisamment remarquables pour que des énergies se soient mobilisées à son chevet.
Dans un acte de 1253, il est écrit qu’« un grand hospice » a été construit vers 1230 par les seigneurs de Thémines « pour secourir les pauvres ».
Sur la voie de Rocamadour venant de Figeacle but de l’Hôpital-Beaulieu était d’accueillir et de soigner les marcheurs qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle ou en Terre Sainte.
Une origine ancienne pour cet hospice du Lot
L’origine des hôpitaux est très ancienne. Dès le VIe siècle, des « haltes de soins » placées au croisement des voies antiques, aux « stationes » (où campaient les troupes) et aux « mutations » (relais de poste) sont non seulement des asiles pour voyageurs pauvres mais surtout des refuges pour les malades. On en retrouve encore des vestiges dans les localités toujours appelées L’Hospitalet, Hôpital-Saint-Jean, Hôpital-Beaulieu.
C’est à partir du XIIe siècle que les hospices se multiplient prodigieusement à cause des pèlerins plus nombreux. Et des croisés qui, à leur retour de Palestine, présagent en Europe et en France des maladies jusqu’alors rares ou inconnues. C’étaient principalement le « feu de saint Antoine ou mal des ardents » : sorte de gangrène qui se détachait, articulation par articulation, les membres du corps, la lèpre encore répandue dans le monde qui consiste en ulcérations et destructions de la peau avec douleurs très vives suivies de la mort. Les lépreux, affreux à voir avec leurs pustules et leurs écailles, étaient contagieux donc bannis dans les cités. Ils devaient rester « hors les murs » et se réfugiaient, s’il y en avait, dans ces maisons religieuses.
800 ans d’histoire de l’Hôpital-Beaulieu
Les seigneurs, soucieux de sa pérennité, le confient à l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (futur Ordre de Malte). Les moniales qui comprennent parmi elles quelques grandes figures – comme sainte Fleur (1236-1293) ou la vénérable Galiote de Sainte – étaient issues des grandes familles locales. Les plus célèbres sont les Thémines, les Castelnau, puis les Gourdon-Ginouillac, la plus puissante peut-être. Les moniales issues de ces familles nobles étaient appelées « sœurs de justice » et elles ne pouvaient être alors, plus de trente-neuf au sein du monastère.
En 1298, le Grand Maître de l’Ordre, Guillaume de Villaret donne aux sœurs de l’hôpital de Beaulieu leur statut définitif.
Les bâtiments subissent des dommages importants jusqu’en 1453 pendant la guerre de Cent Ans. Suivront une grande restauration du couvent et la construction du cloître.
Au cours des guerres de Religion, les protestants pillent et appauvrissent l’ensemble. L’église sera presque rasée par les huguenots en 1562.
La supérieure Galiote de Gourdon de Ginouillac fait reconstruire l’église, réparer le cloître et les bâtiments conventuels (infirmerie, cuisine, réfectoire).
L’apogée
Au XVIIe siècle, le couvent est à son apogée : il couvre un immense domaine dont les possessions s’étendent jusqu’à Fontanes-du-Causse et comptait alors, 80 religieuses.
« C’était immense ! L’ensemble du couvent s’étend sur près de trois hectares qui étaient couverts de bâtiments dont sur n’a aucun plan ».
Les bâtiments sont fortifiés et comprennent un grand mur d’enceinte (de 7 mètres de haut et 715 m de longueur), deux tours d’entrée, une salle de corps de garde, des salles pour accueillir les pèlerins.
À la Révolution française, tous les Ordres religieux sont spoliés mais le prieure fait valoir que le couvent dépend de l’Ordre de Malte. Ce qui pendant un certain temps protégera la communauté. Mais sous Robespierre, la Convention votera la saisie de tous les biens. Aucune sœur n’est tuée mais elles sont dispersées. Le couvent est pillé et brûlé. Les ruines seront vendues comme bien national. Les bâtiments sont saccagés et les pierres dispersées. Utilisées par les habitants du secteur, elles sont retrouvées dans presque chaque maison des alentours.
Seule la salle capitulaire résiste. Pourquoi at-elle survécu ? C’est sa toiture qui l’a sauvegardée. Elle a été utilisée pour abriter ou héberger des troupeaux et pour stocker les foins.
Vers 1860, l’abbé Chevalt qui s’évertue à remettre en état le sanctuaire de Rocamadour achète le portail de la salle capitulaire. Lequel est remonté sur la façade de la chapelle Sainte Anne de la cité mariale.
Le rôle de Sainte Fleur (1309-1347)
On sait peu de choses de cette religieuse. Née autour des années 1300-1310 à Maurs en Auvergne, dans une famille de la noblesse, c’est au milieu de neuf frères et sœurs qu’elle grandit. Devenue adulte, elle refuse de se marier pour rejoindre ses sœurs qui sont déjà à l’Hôpital-Beaulieu. C’est avant tout une femme de prière qui a une grande dévotion pour la passion du Christ. « La sainte Thérèse du Moyen-Âge ».
Elle donne des conseils à ceux qui viennent la voir. Ses vertus et son humilité en font un modèle pour ses compagnies. On lui attribue plusieurs miracles d’où sa réputation de sainteté. Treize ans après sa mort, son corps est levé de terre et exposé à la vénération des fidèles suivant la proposition de l’évêque de Cahors, Bertrand de Cardaillac. Elle est fêtée chaque 5 octobre à l’église d’Issendolus.
Une architecture élégante et raffinée
Pendant près de six siècles, de 1235 à 1793, le couvent de L’Hôpital-Beaulieu a joué un grand rôle sur les plans économiques, politiques, sociaux et religieux étendant son influence dans toute la province du Quercy.
La salle capitulaire, cette salle à l’architecture fine et élégante attendait sa remise en état depuis longtemps… Elle a été reconnue Monument historique en janvier 1921.
Lancé en octobre 2022, le chantier de restauration s’est terminé à la date prévue pour sauver cette salle voûtée où les religieuses se retrouvaient en chapitre. Le « chef d’orchestre » des travaux, c’était Francis Kowacs. Avec d’autres habitants du village, ils ont créé une association pour sauver ce qui restait de l’ancien couvent.
Aujourd’hui ouvert au public, c’est un trésor de plus dans le département qui a été inauguré le samedi 4 octobre 2025 : la finesse de ses colonnades, des nervures des voûtes et de sa porte en font un joyau patrimonial.
Un chef-d’œuvre d’architecture religieuse du Moyen-Âge qui ne demandait qu’à revivre.
André DÉCUP
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